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Grandes régions : le football creusois, vers l’infini et au-delà

En 2016, les 22 régions de la France métropolitaine ont fusionné pour n’en former plus que 13. Une réorganisation qui a suscité une vague de contestations à tous les niveaux. Bien que les enjeux soient moindres, le sport et le football sont également concernés. Les territoires ruraux et la Creuse plus particulièrement.

18.268 kilomètres. C’est, à quelques dizaines de kilomètres près, la distance qu’il faudrait pour un vol aller-retour Guéret-Los Angeles. C’est également la distance totale que les six clubs creusois – engagés au niveau régional – ont parcouru lors de l’exercice 2018-2019. En cause, la réorganisation territoriale mise en œuvre en janvier 2016. Sur la métropole, le pays est passé de 22 régions à 13.

En jaune les équipes que l’ES Guéret a affronté en R1 ; en rouge les équipes qu’Aubusson, Boussac, Gouzon et La Souterraine ont affronté en R2 ; en bleu les équipes que la réserve de l’ES Guéret a affronté en R3.

Les Creuse Globetrotters

La Creuse – qui appartenait avant 2016 à la région du Limousin – a fusionné avec l’Aquitaine et le Poitou-Charentes pour former la Nouvelle-Aquitaine. Lors de la saison 2018-2019, sept clubs évoluaient au niveau régional : Guéret (R1, 6e échelon national) ; Aubusson, Boussac, Gouzon et La Souterraine (R2, 7e échelon national) ; Guéret (B) et Saint-Fiel (R3, 8e échelon national). Tous engagés sur la Ligue de football de la Nouvelle-Aquitaine, ils ont dû affronter leurs adversaires sur sept départements différents. Plus le niveau est élevé et plus les équipes sont amenées à voyager.

« Ces nouvelles régions conduiront à la mort des petits clubs ruraux »

Cédric Christy, entraîneur du CS Boussac

L’équipe première de Guéret, figurant au meilleur niveau régional, est donc celle qui a le plus voyagé sur la saison 2018-2019. Avec 54 heures et 16 minutes (une moyenne de 4 heures et 56 minutes de trajet par déplacement) et 5.368 kilomètres (488 kilomètres en moyenne sur un match à l’extérieur), les Creusois n’ont pas été épargnés. Avec trois gros voyages en Gironde et en Dordogne, ainsi que deux en Charente, l’organisation n’était forcément pas évidente et cela s’est ressenti sur les résultats. L’ES Guéret n’a effectivement pas pu éviter la relégation en terminant à la place de lanterne rouge. Une situation regrettable pour l’entraîneur Luc Davaillon. « Ces nouvelles régions, ça augmente les déplacements hors du Limousin et donc les frais, pose-t-il. Concernant les réunions, elles ont toutes lieu en Gironde, cela complique nos venues et on est donc loin des décisions qui sont prises. On a pu se sentir lésé cette saison. »

Bilan des onze déplacements de l’ES Guéret en Régional 1 lors de la saison 2018-2019 (selon les calculs de Mappy).

Une situation complexe que les clubs de l’échelon inférieur ont également pu ressentir. « Le problème, c’est que la Creuse se situe à l’extrémité de la Ligue et nous, nous sommes au fin fond du département donc forcément c’est pénalisant et ça engendre des frais supplémentaires », confirme Gilles Gardes, entraîneur de Gouzon Avenir, deuxième de sa poule de R2 cette saison. Même son de cloche avec Cédric Christy, le coach de Boussac. « La contrainte est financière évidemment. Il faut aussi penser aux frais d’arbitres qui augmentent car ils viennent de plus loin », informe celui qui n’a pas pu empêcher sa formation d’être reléguée en R3 pour la saison prochaine. Avant de poursuivre : « L’ancienne région était bien découpée, les déplacements n’excédaient pas une heure et demie, maintenant, on peut être amené à en faire trois en allant en Gironde. Ces nouvelles régions conduiront à la mort des petits clubs ruraux. »

Bilan des déplacements des équipes creusoises sur la saison 2018-2019 et qui évolueront au niveau régional la saison prochaine (selon les calculs de Mappy).

Le découpage de la nouvelle région n’affecte cependant pas tout le monde. Même si Aubusson a perdu, cette saison, sa place en R2, son entraîneur Julien Richin estime que les choses n’ont pas tellement changé. « Je ne vois pas vraiment de différences. Je compare avec la R3 où on évoluait en 2017-2018 et la R2 cette saison et les déplacements n’ont pas forcément évolué même si en étant aux niveaux inférieurs on est censé aller moins loin. » Ce sentiment s’explique par la localisation particulièrement éloignée de l’unique sous-préfecture creusoise. La saison prochaine, c’est donc au plus bas niveau régional que l’EF Aubussonnais évoluera, ce qui pourrait lui permettre de voyager un peu moins.

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L’adage ne se vérifie effectivement pas systématiquement, le cas de la réserve de Guéret en témoigne. Engagée en R3, la formation des « jaune et bleu » a, par exemple, plus voyagé que certaines formations du département évoluant en R2. Avec 2.832 kilomètres parcourus lors de la saison écoulée, la deuxième équipe de l’ES Guéret devait compter 256 kilomètres en moyenne par déplacement. La capitale creusoise possède l’avantage d’être à proximité des axes de circulation les plus importants du territoire. Une donnée non négligeable puisque cela lui fait économiser quatre à cinq heures sur Aubusson et Boussac, qui ont quasiment le même nombre de kilomètres au compteur sur la saison.

« On ne joue plus les mêmes équipes et ça nous change »

Cédric Christy, entraîneur du CS Boussac

A la découverte d’un « autre football »

La situation n’est pourtant pas négative pour les clubs. Tous s’accordent sur un point positif de ces longs voyages, la découverte d’un autre football. La façon de pratiquer et d’apprécier ce sport est bien différente selon les territoires, cela se ressent notamment lorsque les formations limousines rencontrent des équipes girondines. « Au niveau de l’aspect sportif ça change un peu, ça renouvelle les adversaires. C’est un football différent, on est content de rencontrer de nouvelles équipes qui jouent différemment », assure Gilles Gardes, du Gouzon Avenir. Un avis partagé par Cédric Christy : « Il y a un intérêt parce qu’on ne joue plus les mêmes équipes et ça nous oblige à nous adapter. »

Du travail supplémentaire pour les bénévoles

Un aspect intéressant donc mais qui ne fait pas vraiment pencher la balance du côté de ce nouveau système. Et cela pour une raison bien précise. Si les voyages se font plus longs et éreintants, ils posent aussi le problème du mode de transports. Par bus ou plus généralement en voitures, il faut trouver des personnes prêtes à emmener un groupe d’une quinzaine de joueurs à chaque fois. « Les contraintes et l’organisation sont délicates pour des petits clubs comme les nôtres. Nous fonctionnons et vivons grâce à nos bénévoles qui prennent sur leur temps personnel pour faire vivre l’équipe. » Pourtant, la problématique générale causée par la création de la nouvelle région ne risque pas d’évoluer à l’avenir. Les club creusois devront donc s’adapter en espérant assumer des promotions malgré la distance et les trajets conséquents.

Mylène Guitard, entraîneure et joueuse à La Souterraine mais aussi coprésidente de la section féminine du département

En Creuse, la locomotive c’est le football féminin

Le football féminin peut se vanter de tirer vers le haut la pratique en Creuse. Là où la section masculine peine à accrocher le gratin national, la constante progression des filles pourrait leur permettre d’affronter, à moyen terme, les meilleures formations du pays.

Qui a dit que le football féminin n’intéressait personne ? En Creuse, les femmes se passionnent effectivement pour le sport numéro un en France puisqu’avec 592 licenciées – pour 5145 sur le département – le pourcentage de joueuses est de 11,5%. Un chiffre validé par des résultats plus qu’intéressants et meilleurs que ceux des hommes.

« Il y a une vraie complémentarité entre le football féminin et masculin »

La section féminine de l’Entente sportive guéretoise a survolé son championnat lors de la saison 2018-2019. Engagées au troisième échelon national, le Régional 1, les filles de la capitale creusoise ont terminé premières. Avec quatorze victoires, deux nuls et deux petites défaites, elles se sont qualifiées pour le barrage d’accession en deuxième division, le championnat national. Malheureusement l’AS Chatenoy l’a emporté et a brisé les velléités hexagonales de l’ES Guéret (0-2, 0-2), pour l’instant et même si la marche est haute entre le Régional 1 et la Division 2.

« Une montée au niveau supérieur serait un peu utopique dans les conditions actuelles. Tout n’est pas réuni pour que ce soit le cas, il reste des étapes à franchir  »

Bernard Debellut, coprésident de la section féminine de Guéret.

Du côté de son président, Guillaume Viennois, l’enthousiasme est cependant de rigueur. « Ce qui se passe actuellement est absolument génial, lance-t-il. Nous avons de bons résultats à tous les niveaux, chez les filles, il faut que ça vive. Il y a une vraie complémentarité des pratiques féminine et masculine, une dynamique. » Le club principal du département pourra s’appuyer sur son solide effectif avec 90 licenciées et un vrai vivier de jeunes pouvant apporter, sur le moyen et long terme, la petite touche manquante pour faire partie de l’une des divisions nationales.

Deux figures de proue du football féminin

L’ES Guéret n’est pas le seul club à participer au rayonnement de la pratique féminine dans le département. A 40km de là, La Souterraine brille également. Tout récemment passée au football à 11 après avoir évolué à 8, la formation creusoise a largement réussi son pari. En étant championnes de D1 Interdistricts, les joueuses ont gagné le droit d’évoluer en R2 la saison prochaine, soit le quatrième échelon national. De quoi satisfaire Mylène Guitard, entraîneure, joueuse mais aussi coprésidente de la section féminine du département. « Se rapprocher de Guéret, pourquoi pas, après ce que l’on veut, c’est se maintenir pour longtemps au niveau régional. »

Deux places fortes du football féminin creusois qui constituent une belle locomotive pour le sport en général dans le département. Les résultats des hommes sont effectivement un peu moins bons. Guéret vient d’être relégué en Régional 2 (7e division masculine), tandis que sa réserve évolue en R3. Quatre autres formations prendront le départ des championnats régionaux: Gouzon Avenir, l’ESM La Souterraine (R2), Boussac et Aubusson (R3). Un petit décalage que Guillaume Viennois explique simplement.

« Il faut savoir qu’il y a bien plus d’équipes chez les garçons, donc la tâche est plus compliquée que chez les filles »

Guillaume Viennois, président ES Guéret

Pourtant, au District, on se satisfait largement des résultats positifs des formations féminines creusoises. Et notamment Philippe Lafrique, le président depuis 27 ans, auparavant à la tête de la section naissante des joueuses. « On peut dire que le football féminin est une locomotive de ce sport en Creuse. C’est assez inédit, c’est sûr, de notre côté on boit du petit lait. Depuis le temps qu’on s’en occupe, cela prouve qu’on était dans le vrai. »

Une mise en avant promue par la Fédération française de football qui accorde des packs aux licenciés des différents districts afin d’aller assister à des rencontres de la Coupe du Monde. « Les territoires ruraux n’ont pas été oubliés pour le Mondial et c’est une très bonne chose », se satisfait la coprésidente de la section féminine creusoise, avant de poursuivre. « Un titre des Bleues serait forcément un énorme coup de pouce pour nous, cela nous ramènerait de nouvelles joueuses et continuerait l’ancrage de la pratique en Creuse. »