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Franck Honorat (2/2) : « A Saint-Étienne, les supporters c’est de la folie »

Habitué à la tranquillité des travées du Montpied, Franck Honorat découvrira, la saison prochaine*, la ferveur et la passion des supporters de Saint-Etienne, considéré par bon nombre comme le meilleur public de France. Un changement radical pour cet ancien de Nice qui ne l’effraie pas, bien au contraire.

Tu vas rejoindre Saint-Etienne la saison prochaine, une vraie ville de football, c’est un avantage pour toi ?
Franck Honorat : « Oui, j’ai été à Nice pendant six ans au centre de formation. J’ai côtoyé le monde professionnel pendant trois années là-bas et quand les supporters poussent le club, les joueurs c’est un plus sur le terrain et en dehors. Quand on n’a pas encore 17 ans, qu’on a joué que trois matchs et qu’on te reconnaît dans la rue, c’est un plus. »

Entre le Montpied et Geoffroy-Guichard, le changement risque d’être important…
FH : « C’est ce que tout le monde m’a dit mais il faudrait que j’aille voir un match, un Derby plus particulièrement. J’étais déjà allé là-bas lors d’un match avec Nice, je n’étais pas rentré mais c’est vrai que les supporters à Saint-Etienne c’était la folie. Je vais essayer d’aller voir un match vu que c’est à une heure de route. »

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En passant de la Ligue 2 à la Ligue 1, tu vas connaître plus d’animosité entre les clubs, notamment avec le Derby, comment appréhendes-tu cela ?
FH : « Rien que la Ligue 1 ça va me motiver, le fait que ce soit un club historique, ça reste dans un coin de ma tête. Après quand on est sur le terrain, l’important c’est de jouer et de faire de bons résultats. Le Derby quand on y pense c’est quelque chose à vivre, quand on voit le stade en folie et les joueurs qui sont à fond, on se croirait en finale de Ligue des champions, ça donne envie. »

A Saint-Etienne, tu vas forcément être beaucoup plus médiatisé et donc sous pression, alors qu’à Clermont tu pouvais poursuivre ta progression tranquillement, cela t’inquiète ?
FH : « C’est sûr qu’en venant à Clermont j’ai bien progressé parce que c’est un club familial où on n’a pas une énorme pression ; à Saint Etienne, il faudra vite se mettre dans le bain. Je n’aurai pas droit à l’erreur, il faudra être à fond à chaque match et chaque entraînement. C’est peut-être ça aussi qui va me permettre de me surpasser et d’être encore meilleur. »

*L’entretien a eu lieu en janvier 2019 alors que Franck Honorat était encore joueur du Clermont Foot

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Franck Honorat (1/2) : « Retrouver la Ligue 1 c’est magnifique mais on veut toujours plus dans la vie »

C’est déjà officiel, Franck Honorat sera Stéphanois la saison prochaine*, mais cette année il porte les couleurs du Clermont Foot, une situation pas forcément évidente. Entre impatience et ambition, l’ancien Niçois juge ce cas de figure bénéfique pour toutes les parties.

C’est compliqué de vous battre pour le Clermont Foot en sachant que vous allez partir la saison prochaine ?
Franck Honorat : « Non pas spécialement. J’ai discuté avec le coach, le groupe est bon, on est devenu des amis et ça nous pousse à nous battre pour faire le meilleur résultat possible. Après personnellement, j’ai des envies et des objectifs pour cette saison. L’année prochaine, je veux arriver prêt aussi bien mentalement que physiquement, dans ma tête c’est clair, il faudra que je fasse une grande saison. »

Ça ne vous arrive pas d’avoir des difficultés à vous motiver ?
FH : « C’est sûr que quand on signe on est content, on se dit « tout est beau, tout est magnifique », mais très vite il faut se remettre les idées en place, se battre pour être performant et être le meilleur possible. J’ai l’objectif de continuer sur ma bonne deuxième partie de saison dernière.

Vous êtes régulièrement en contact avec Sainté ?
FH : « Oui je les ai souvent au téléphone, après chaque match on s’appelle pour savoir comment ça s’est passé, on fait des bilans. Ils viennent souvent au match, à Clermont, comme ce n’est pas très loin. »

C’est gratifiant pour vous, ça vous permet de sentir que vous faites déjà parti du projet ASSE ?
FH : « Oui c’est important, je vois que ce n’est pas juste une signature et après on ne s’intéresse plus à moi. Je sens qu’ils me suivent donc ça me donne encore plus envie de me donner à fond et d’arriver dans les meilleures dispositions la saison prochaine. »

Retrouver la Ligue 1 après l’avoir quitté, c’est un aboutissement pour vous ou vous avez des objectifs encore plus élevés ?
FH : « C’était un objectif, j’y suis parvenu donc c’est quelque chose de magnifique mais on veut toujours plus dans la vie. Chaque année je voudrai plus et pourquoi pas partir dans un club encore plus grand. Chaque chose en son temps mais c’est important de toujours se donner des objectifs, c’est comme ça qu’on avance. »

Vous êtes un peu anxieux à l’idée de retrouver la Ligue 1, le fait que le niveau soit plus élevé ça vous inquiète ?
FH : « Non ça va parce que lorsque l’on joue des matchs contre des équipes de Ligue 1 en coupes, on se dit qu’il n’y a pas un si grand écart par rapport à certains joueurs. Je me dis que ça peut le faire, mais c’est sûr que niveau intensité et qualités techniques, c’est vraiment un niveau au-dessus et aussi sur la concentration. En Ligue 1, si tu perds un ballon tu le payes cash alors qu’en Ligue 2 tu peux en perdre trois ou quatre sans conséquence. »

La suite de l’entretien : Franck Honorat : « A Saint-Etienne, les supporters c’est de la folie »

*L’entretien a eu lieu en janvier 2019 alors que Franck Honorat était encore joueur du Clermont Foot

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« Pour qu’un club de football puisse vivre dans sa ville, il faut aller vers les gens »

Florent Crossoir, chargé de communication au Clermont Foot est un de ceux qui se battent pour populariser le football dans une ville qui vibre pour le rugby et l’ASM. Il nous explique ses différentes techniques et stratégies pour intéresser les Clermontois à un sport qui les rend indifférents.

Concrètement quel est votre rôle au sein du club ?

« On est une petite équipe de salariés, tout le monde est polyvalent. On s’occupe de tout ce qui touche à l’image du club. On gère les relations presse, les demandes spécifiques sur le groupe professionnel, même sur un sujet d’actualité du club ou de l’association, le centre de formation. On gère aussi le numérique, l’image au niveau des réseaux sociaux, le site internet officiel. On a ciblé Facebook, Twitter et Instagram, on n’a pas franchement le temps de faire plus. Il y a aussi toutes les opérations de communication externes et internes ainsi que la couverture médiatique. »

Quelle est votre vision de la place qu’occupe le Clermont Foot dans la ville ?

« Je pense que le foot est le sport le plus populaire de France et même dans le monde. Donc forcément il y a des choses à faire au niveau local. On n’est pas mal suivi au niveau national mais au niveau local, forcément, on souffre un petit peu de la comparaison avec le rugby. On travaille là-dessus pour pouvoir encore mieux faire. »

Vous déplorez justement cette situation ou cela vous permet de travailler plus tranquillement et sereinement ?

« Nous ça nous dégage un peu de pression. Je pense que c’est bien que l’ASM soit la locomotive de la région niveau sportif. Après, il faut en faire une synergie locale. On ne voit pas du tout cela comme un frein, c’est une force, il faut travailler ensemble et intelligemment. »

Est-ce que vous pensez que les mauvais résultats de l’ASM ont été bénéfiques au Clermont Foot cette saison ?

« Moi je pense surtout que c’est dû aux bons résultats de l’équipe. Pascal (l’entraîneur, NDLR) et tous les joueurs ont créé une dynamique, même au sein du club. Honnêtement, si l’ASM avait été dans les trois premiers et qu’on avait quand même joué les play-offs, l’ASM aurait fait ses 18 000 spectateurs et nous nos 7000. Je pense qu’il y a de la place pour les deux sports. D’autant que le public n’est pas forcément le même. Il faut savoir qu’à Clermont, il y a un grand nombre d’amateurs de football, avec quatre ou cinq fois plus de licenciés amateurs en foot qu’en rugby. »

Y a-t-il des supporters de l’ASM qui viennent au Clermont Foot ?

« Oui bien-sûr et vice versa, mais ce n’est pas la majorité. On ne va pas aller chercher les supporters de l’ASM pour les avoir chez nous. Dans la durée, ça ne tiendra pas. Il y a beaucoup de gens à Clermont qui sont prêts à faire 300 km pour aller voir la finale de l’OM à Lyon et qui ne vont pas forcément au Montpied alors qu’ils habitent à côté. »

Ce sont plutôt ces gens là que vous visez ?

« Oui, on veut « ramener » ces gens-là et essayer de les intéresser un petit peu plus au club de leur ville. Il y a un travail d’identité à faire, pour que les gens se reconnaissent dans ce club. »

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Pascal Gastien, l’attrait par le jeu

Arrivé à la tête du Clermont Foot, par défaut, après le départ de Corinne Diacre pour l’équipe de France féminine, Pascal Gastien a légitimé sa prise de poste grâce à des résultats et une philosophie de jeu portée sur la possession.

Premier sur le terrain d’entraînement annexe du Montpied, Pascal Gastien est apparu détendu et tranquille, comme toujours. Habillé du maillot d’entraînement rouge, réservé aux entraîneurs, il a salué journalistes et supporters, un par un avant de pénétrer sur le rectangle vert qui a fait son bonheur la saison dernière.

C’était le 1er septembre 2017, Pascal Gastien alors Directeur du centre de formation du Clermont Foot est nommé à la tête de l’équipe première. Une promotion surprise consécutive au départ de Corinne Diacre pour l’Equipe de France féminine. Entraîneur de Niort, puis de Châteauroux, le natif de Rochefort voyait une belle opportunité s’offrir à lui.

La suite ? Une succession de réussites lors d’une saison 2017-2018 historique où le Clermont Foot a fait tomber un par un les records du club et a terminé à une honorable sixième place. Une réussite si importante qu’elle a effacé les souvenirs douloureux des expériences précédentes de l’entraîneur auvergnat.

« Les joueurs que j’entraîne m’ont réconcilié avec le football. Je suis vraiment fier de ce que l’on a fait, de notre saison, de ce que l’on a pu créer comme jeu et d’avoir offert des émotions aux Clermontois. »

Car c’est un homme blessé, par des expériences passées douloureuses à Niort et surtout à Châteauroux, qui a révolutionné le jeu des « rouge et bleu ». Un homme qui a douté et connu des mois de chômage avant de reprendre le centre de formation du Clermont Foot et d’être propulsé au poste de chef d’orchestre. Et l’orchestre, il l’a manié d’une main de maître en prônant un jeu de possession et de mouvement.

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Pascal Gastien est en réalité un esthète, un amateur du beau jeu et un passionné du ballon rond qui met l’intelligence de jeu, au-dessus de tout, comme il le déclarait pour So Foot en mai dernier.

« Une fois que le coup d’envoi est donné, on ne peut plus intervenir. L’intelligence de jeu, le QI du football est un long travail, sur la qualité des déplacements, la recherche de l’espace… Mais quand vous arrivez à maîtriser ça dans votre équipe, la performance d’ensemble s’en ressent. C’est en tout cas ce que je pense. L’efficacité passe par l’intelligence de jeu. »

Et s’il semble avoir une vraie philosophie de jeu, il n’en oublie pas de se remettre en question et d’analyser ce qui pourrait être perfectible. L’homme se couchant à 3 heures du matin et se levant à 7 heures, vit le football et prend le temps d’étudier ce qu’il pourrait améliorer. La preuve avec une remise en question intervenue dès le début de l’exercice 2018-2019.

« La saison dernière on a peut-être manqué de variétés dans notre jeu ou notre organisation, donc on va travailler ça. Il faut que l’on ait plusieurs cordes à notre arc. »

Quoi qu’il en soit, la base de la réussite est claire pour le technicien clermontois, le travail. Car pour assimiler son plan de jeu et réussir, cela passera par un dur labeur.

« Je leur ai dit qu’il n’y avait pas de secret, oui on a fait une bonne saison l’année dernière, mais ça ne nous assure rien du tout. Si l’on ne met pas tous les ingrédients comme le travail, l’enthousiasme, l’écoute et la qualité, on ne renouvellera pas ce que l’on a fait la saison dernière. Ce sera une question de volonté et de travail. »

Pas de doute, Pascal Gastien sait où il veut aller, et s’il a déjà avoué – toute proportion gardée – s’inspirer du FC Barcelone, il a en tout cas la mentalité et la philosophie pour amener le Clermont Foot plus loin qu’il ne l’est déjà.

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Rugby et football fusionnent

C’était il y a un peu moins d’un an : l’ASM et le Clermont Foot ouvraient le premier centre de formation partagé de France. Un projet ambitieux visant à s’entraider et à profiter des atouts de l’un et de l’autre. Retour sur cette journée d’inauguration.

9h. Arrivés parmi dans les premiers journalistes, nous découvrons un bâtiment banal couleurs anthracite et gris clair, fait de tôle et aux premiers abords sans vie. Les fleurs n’ont pas encore pointé le bout de leur nez et il n’y a que la terre, récemment semée pour « embellir » cette première impression plutôt décevante. Ce pourrait être une usine mais il s’agit d’une vraie révolution et d’un bond en avant pour le département, pour le pays. Le premier centre de formation partagé entre deux clubs professionnels de disciplines différentes est né. Après les premières impressions plutôt médiocres, nous pénétrons dans ce bâtiment en passant par la porte principale encerclée des deux logos, ceux de l’ASM et du Clermont Foot.

9h30. Sur le pas de la porte, Bertrand Rioux, Président du centre de formation de l’ASM nous accueille et s’improvise guide.

« C’est un superbe centre de formation. Le but est d’apprendre du football, comme les footballeurs veulent apprendre du rugby. Ce sont deux sports bien différents, mais ils peuvent nous apprendre des choses sur les appuis, l’explosivité, tandis qu’ils pourront se nourrir de notre expérience sur la partie musculation. On va pouvoir progresser au contact des uns et des autres. »

10h30. Au tour de Frédéric Zago de louer les qualités du projet, lui qui vient d’être nommé Directeur du centre de formation du Clermont Foot.

« La particularité de ce centre, avec le partage, m’a rendu curieux. Je regarde ce qu’ils font du côté du rugby et comment ils fonctionnent. Il y a plein de choses que l’on va pouvoir appliquer en s’aidant de ce qu’ils font à côté, la formation c’est aussi expérimenter. »

11h30. Un peu de liberté et nous pouvons déambuler dans ce centre à la pointe de la technologie. Nous apercevons quelques footballeurs sur des vélos d’appartement qui s’échauffent en vue de leur entraînement. L’occasion pour Kenneth Attal, attaquant de l’équipe réserve, né en 1999, de vanter les mérites du centre.

« Les installations sont parfaites, on va bien pouvoir travailler. On a un peu de mal à croire que certains rugbymen ont le même âge que nous, mais ils sont sympas, on parle tous entre nous. »

14h. Après la pause déjeuner, les journalistes sont bien plus nombreux et attendent l’arrivée des Présidents de l’ASM et du Clermont Foot et de ceux des ligues de football et de rugby. Celui des Jaunards, Eric de Cromières savoure.

« Ce centre va nous apporter réellement au niveau de notre équipe espoir qui fonctionne déjà très bien ».

14h30. L’heure des discours et des prises de paroles des personnes ayant contribué à ce projet. Après des interventions de Brice Hortefeux, Vice-Président de la région, d’Olivier Bianchi Maire de Clermont-Ferrand. Noël Le Graet, Président de la Fédération Française de Football, s’exprime à son tour, devant tous les pensionnaires du centre de formation et une pléthore de journalistes et d’invités.

« Il s’agit d’une initiative exceptionnelle. Réunir des sports différents c’est magnifique et Clermont a réussi un véritable miracle ! »

16h. Fin de cette journée d’inauguration et début de vie pour ce centre de formation partagé qui fait l’unanimité au sein des deux sports et des élus. Un véritable espoir et une ambition affirmée avec la création de ce centre de permettre à ces deux clubs d’apprendre des uns des autres pour performer au plus haut niveau. Si l’ASM, en rugby a déjà prouvé à de nombreuses reprises sa capacité à réussir dans le domaine de la formation, le Clermont Foot est un peu plus en difficulté dans ce domaine-là. En effet, le club de football n’évolue pas dans la première division et n’a que de modestes moyens pour parvenir à former convenablement des joueurs. Cette entente entre les deux clubs est donc une aubaine qui va leur permettre d’obtenir un centre à la pointe de la technologie et doté d’équipements derniers cris. Tout cela offre à ces jeunes la possibilité d’apprendre et de se développer dans les meilleures conditions pour approcher leur objectif de devenir professionnel.

Après une petite année d’existence, le centre de formation partagé de l’ASM et du Clermont Foot peut déjà se réjouir du sacre de champion de France de l’équipe Espoirs des « jaune et bleu » et de la promotion de trois joueurs de l’équipe réserve du Clermont Foot, en équipe principale.